La canicule rend les appartements sous les toits de Paris indésirables

À l’approche d’un pic de chaleur, Paris se retrouve à nouveau en proie à la canicule, avec trente-sept départements placés en vigilance rouge et quarante-six en vigilance orange. Ce phénomène climatique, qui touche particulièrement les logements situés sous les toits, soulève des inquiétudes quant à leur habitabilité et à leur attractivité sur le marché immobilier. La situation semble critique pour les résidents de ces appartements, souvent qualifiés de véritables « fournaises ».

EN BREF

  • Trente-sept départements placés en vigilance rouge canicule ce week-end.
  • Les logements sous les toits sont particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs.
  • La demande pour ces appartements chute, alors que les recherches de logements avec jardin augmentent.

Selon Séverine Huet, ingénieure-architecte et membre du collectif « Dernier étage », les conditions d’habitabilité dans ces logements sont problématiques. Les fenêtres non protégées et la forte chaleur rayonnante rendent la vie insupportable durant les vagues de chaleur. En effet, à Paris, près des trois quarts des toits sont recouverts de zinc, un matériau qui absorbe et conduit la chaleur, transformant ces espaces en véritables serres thermiques.

Les conséquences de cette situation sont alarmantes. D’après Santé publique France, le risque de décès pour les personnes vivant sous les toits a été multiplié par quatre lors de la canicule de 2003. Les contraintes liées à la réglementation du patrimoine architectural compliquent les modifications nécessaires pour améliorer le confort thermique. Huet souligne que les architectes des bâtiments de France ont le dernier mot sur l’installation de volets, souvent refusée pour des raisons esthétiques.

Des témoignages de résidents illustrent ces difficultés. Sidonie, qui vit dans un appartement de 23 m², relate que les températures atteignent les 40 °C en plein été. Malgré une rénovation complète de son logement, elle n’a pas reçu de conseils pertinents concernant des améliorations pour le confort thermique. « Mon objectif est de le rendre vivable », affirme-t-elle, en prévoyant d’installer un ventilateur au plafond.

De son côté, Alice, âgée de 50 ans, utilise des solutions improvisées pour faire face à la chaleur. Son appartement, où elle vit depuis seize ans, est équipé de fenêtres recouvertes de papier aluminium et de couvertures de survie. « C’est invivable, il faut partir », confie-t-elle, tout en s’interrogeant sur la difficulté de vendre son bien. « Qui va avoir envie d’acheter sous les toits ? » La pression grandit, et elle se demande : « Mais pour aller où ? »

Face à cette situation, le collectif « Dernier étage » s’engage à accompagner les résidents dans leur lutte contre la chaleur. Meryll Frebour, membre de l’association, conseille des gestes simples pour atténuer la chaleur, comme vider les affaires d’hiver qui retiennent la chaleur. Le collectif plaide également pour une simplification des travaux de rénovation, afin d’améliorer l’habitabilité de ces logements souvent négligés par la réglementation actuelle.

Une étude menée par Jinka révèle que, face à des vagues de chaleur, les critères de recherche immobilière évoluent significativement. À l’échelle nationale, l’intérêt pour les appartements avec jardin a augmenté de 8 %, tandis que celui pour les logements au dernier étage a chuté de 19 %. À Paris, cette tendance est encore plus marquée, avec une perte d’attractivité de 18 % pour ces appartements, alors que la recherche de balcons et de jardins progresse respectivement de 4 % et 13 %.

Enfin, l’Atelier parisien d’urbanisme estime qu’il y a plus de 114 000 chambres de service sous les toits en zinc à Paris, dont environ 17 000 sont occupées comme résidence principale. Une étude de 2023 dans The Lancet Planetary Health a par ailleurs mis en lumière le risque élevé de mortalité lié à la chaleur dans la capitale, le plaçant au premier rang parmi 30 capitales européennes étudiées.

À mesure que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et intenses, la question de l’habitabilité des appartements sous les toits à Paris se pose avec une urgence croissante. Les défis réglementaires et les préoccupations de santé publique doivent être pris en compte pour garantir un cadre de vie acceptable pour tous.