Depuis plusieurs années, l’introduction de l’intelligence artificielle (IA) au sein de France Travail, l’entité successorale de Pôle emploi, ne cesse de susciter des débats. En particulier, l’organisme a récemment été accusé d’utiliser un algorithme de profilage pour identifier les demandeurs d’emploi jugés « suspects » et nécessitant un contrôle plus poussé. Cette méthode, qui vise à améliorer l’efficacité des contrôles, soulève des inquiétudes sur la protection des données personnelles et sur les biais potentiels du système.
EN BREF
- France Travail utilise un algorithme pour trier les demandeurs d’emploi.
- Ce système vise à identifier les « suspects » à contrôler en priorité.
- La méthode suscite des préoccupations concernant la protection des données et les biais.
Le recours à l’IA par France Travail n’est pas une nouveauté. Selon la Cour des comptes, l’organisme s’en sert depuis près d’une décennie pour optimiser ses services. Toutefois, un document interne, récemment divulgué par La Quadrature du Net en collaboration avec Radio France, met en lumière des dérives potentielles de cette pratique. Ce document révèle que l’algorithme en question permet un « tri social » des demandeurs d’emploi, une notion qui inquiète les défenseurs des droits numériques.
La Quadrature du Net dénonce cette approche, la qualifiant de méthode efficace pour réprimer des populations, notamment les plus vulnérables. L’algorithme est actuellement en phase de test, mais il pourrait être généralisé à d’autres catégories de demandeurs d’emploi. L’objectif de France Travail est de massifier les contrôles et de « prédire » les manquements à l’obligation de recherche d’emploi. Concrètement, ce système analyse les données de dizaines de milliers de contrôles passés pour établir des profils « suspects » ou « non suspects ».
Les demandeurs d’emploi sont ainsi classés selon des critères variés, tels que l’historique de recherche d’emploi, la visibilité de leur profil sur le site de France Travail, et les activités déclarées. Les individus identifiés comme « suspects » se retrouvent sur une liste prioritaire pour les contrôles. Ces informations laissent craindre un risque accru d’erreurs dans l’évaluation des dossiers, ce qui pourrait affecter des millions de personnes, notamment celles bénéficiant du revenu de solidarité active (RSA).
Ce système de profilage pourrait toucher plus de six millions de demandeurs d’emploi mensuellement, ce qui soulève des questions sur l’équité et la transparence des processus de contrôle. En effet, l’algorithme passe en revue 26 critères pour déterminer si un dossier mérite d’être examiné plus en détail. Les variables incluent des éléments tels que le niveau de formation, l’ancienneté d’inscription, ou encore des antécédents de manquements.
Dans le contexte plus large de l’utilisation de l’IA dans la fonction publique, un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) souligne déjà des gains d’efficacité dans d’autres ministères grâce à ces technologies. Entre 2023 et 2025, une somme de 8,7 millions d’euros a été investie par la direction interministérielle du numérique dans l’IA, tandis que France Travail a alloué 18,7 millions d’euros à cette fin.
Face à ces développements, il est crucial de maintenir une vigilance sur les méthodes employées par France Travail. L’impact potentiel de ces outils sur les droits des demandeurs d’emploi ne doit pas être sous-estimé, et les discussions autour de la transparence et de l’équité dans l’utilisation de l’IA sont plus que jamais d’actualité.