Marseille : un plan global pour contrer la crise du crack, une initiative collective

Dans les rues de Marseille, la lutte contre la consommation de crack prend une nouvelle dimension. Entre les distributions de matériel de réduction des risques et les rencontres avec les usagers, des acteurs locaux unissent leurs forces pour faire face à une crise grandissante.

EN BREF

  • Les associations marseillaises s’unissent pour lutter contre la crise du crack.
  • Un projet de maraudes communes a été lancé pour évaluer la situation.
  • Des mesures de prévention et d’hébergement sont mises en place pour les usagers.

Joachim Levy, directeur et cofondateur de l’association Nouvelle Aube, est en première ligne de cette initiative. Dans un contexte où la consommation de crack a connu une augmentation exponentielle ces deux dernières années, il est essentiel de créer des liens solides avec les usagers. Le travailleur social, qui est également président de « Vers Marseille sans Sida et sans-hépatite », a mis en place des actions de prévention adaptées.

Ces six derniers mois, la situation s’est aggravée, avec des scènes de consommation visibles dans les rues et des tensions croissantes entre les riverains et les usagers. Face à cette dégradation, les associations telles que Médecins du Monde et l’AP-HM ont décidé de collaborer pour une approche plus holistique. « Nous avons choisi d’agir de manière éthique, en montrant qu’une simple approche policière ne suffit pas », explique Joachim Levy.

Un projet innovant : Tempo

En février, le collectif a lancé le projet Tempo, un programme innovant visant à organiser des maraudes communes. Cette initiative a permis d’établir une présence régulière, avec cinq maraudes par semaine, permettant d’atteindre plus de 1.000 rencontres avec des usagers. « La connexion entre les différents acteurs a facilité l’identification des situations les plus critiques », précise Levy.

Le collectif Tempo a également évalué le nombre de consommateurs les plus précaires, estimé à 200 dans le centre-ville, ce chiffre pouvant atteindre 500 en incluant les usagers cachés. Les profils des consommateurs sont variés, incluant des personnes touchées par la précarité et un rajeunissement notable des usagers. « Nous observons aussi une féminisation de cette consommation », ajoute Marianne Poisson, coordinatrice du projet.

Une stratégie globale en cours

Les associations réfléchissent à une stratégie globale, s’inspirant du « plan crack » mis en place à Paris en 2019. Cette approche se déploie sur plusieurs volets, à commencer par le développement des maraudes. Un autre enjeu crucial est la mise à l’abri des usagers. « Nous souhaitons offrir un cadre de vie digne pour aider à reconstruire des parcours », souligne Levy.

Depuis mai, un immeuble a été mis à disposition du collectif par la préfecture, pouvant accueillir jusqu’à 18 personnes en grande précarité. Des équipes de travailleurs sociaux, d’infirmiers et de psychologues sont présentes sur place pour assurer un suivi adéquat. « Nous avons besoin de plusieurs lieux de ce type pour répondre à la demande », insiste Joachim Levy.

Le collectif appelle également à la création de Haltes Soins Addictions (HSA), des espaces de consommation supervisée. Bien que ce projet ait été mis de côté depuis 2024, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a récemment exprimé son soutien à sa réintroduction. « Ce n’est pas la seule solution, mais c’est nécessaire », rappelle Marianne Poisson, en mettant en avant l’efficacité prouvée de tels dispositifs.

Un appel à l’action

Le plan en cours vise à améliorer l’accès aux soins, notamment en santé mentale, tout en favorisant le dialogue avec les riverains et la justice. « Cette initiative est véritablement pensée pour Marseille », note Poisson, soulignant l’importance d’adresser la question de la précarité qui touche de nombreux habitants.

Anthony Gonçalves, adjoint à la santé à la mairie de Marseille, a reconnu l’aggravation de la situation et a réaffirmé le soutien de la municipalité au collectif Tempo. La ville s’engage financièrement à hauteur de 500.000 euros par an, tout en appelant à un soutien accru de l’État. « Nous avons besoin d’une impulsion significative et de financements pour faire face à cette crise », plaide Gonçalves.

En mai, le maire Benoît Payan a écrit au Premier ministre pour demander un plan d’urgence. Bien que la réponse tarde à venir, les acteurs locaux restent mobilisés et espèrent que la rentrée apportera des changements. « Il est impératif de ne pas laisser les Marseillais sans solution », conclut Marianne Poisson, animée par l’espoir de voir des mesures concrètes émerger.