Le Premier ministre Sébastien Lecornu a récemment annoncé des mesures destinées à aider les Français à faire face à la hausse des prix du carburant. Parmi ces initiatives, l’État propose des aides pour les « grands rouleurs », c’est-à-dire ceux qui utilisent leur véhicule quotidiennement pour des raisons professionnelles. Cependant, cette aide suscite des critiques, notamment de la part des infirmiers libéraux, qui estiment être injustement exclus de ces dispositifs.
EN BREF
- Le gouvernement propose une aide pour les « grands rouleurs » à revenus modestes.
- Les infirmiers libéraux dénoncent une éviction déguisée et des critères d’éligibilité trop restrictifs.
- Cette aide pourrait entraîner une diminution des prises en charge des patients par ces professionnels.
Les nouvelles aides gouvernementales s’adressent à diverses professions, allant des aides-soignants aux commerciaux, ainsi qu’aux artisans et ouvriers. Cependant, deux critères principaux déterminent l’éligibilité à cette aide : le revenu et le kilométrage parcouru. Les foyers peuvent bénéficier de cette aide s’ils ne dépassent pas un revenu net de 1.500 euros pour une personne seule ou 3.700 euros pour un couple avec un enfant. De plus, il est nécessaire de parcourir plus de 15 kilomètres par trajet domicile-travail, ou de rouler plus de 8.000 kilomètres par an.
Pour obtenir cette aide, les bénéficiaires devront simplement faire une auto-déclaration, et un espace sera mis à disposition sur le site des impôts. En moyenne, cette aide permettrait d’économiser 20 centimes par litre de carburant. Toutefois, les infirmiers libéraux, qui effectuent souvent de nombreux déplacements, sont inquiets. Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), a exprimé sur RMC son mécontentement face à ce qu’il considère comme une « éviction déguisée ».
Il explique que les plafonds de revenus sont si bas qu’ils ne toucheront qu’un nombre limité d’infirmiers, principalement des familles monoparentales. « Nous avons le sentiment d’être exclus de cette aide », déplore-t-il. En tant que professionnels de santé, les déplacements font partie intégrante de leur travail et sont censés être déductibles d’impôts. Cependant, la réalité est différente. Les infirmiers libéraux se retrouvent souvent avec des frais kilométriques non remboursés en raison de l’augmentation des prix de l’essence et du diesel.
Guillerm alerte également sur le fait que peu d’infirmiers bénéficient réellement des déductions fiscales disponibles. « Il y a deux modalités de déduction des frais kilométriques, mais la majorité des professionnels sont au forfait. Nous avons des forfaits posés, mais ils ne tiennent pas compte de la hausse des prix du carburant », précise-t-il.
Face à cette situation, les infirmiers libéraux envisagent de réduire leurs services, notamment en ce qui concerne les prises en charge des patients à la sortie de l’hôpital. « Nous ne prendrons plus de nouveaux patients », avertit Daniel Guillerm. Les professionnels de santé sont contraints de faire des économies sur leurs tournées, ce qui pourrait avoir des conséquences directes sur la qualité des soins.
Guillerm critique par ailleurs la politique du gouvernement, estimant qu’il y a une différence de traitement entre les professions. « Le Premier ministre a abordé la question sous deux angles : économique et par métier. Nous avons été évincés de l’approche métier », affirme-t-il. Il considère que cette décision est incohérente et injuste, surtout dans un contexte où l’État encourage le maintien des soins à domicile pour les personnes âgées.
En somme, cette aide pour les « grands rouleurs » va coûter à l’État environ 53 millions d’euros par mois, avec un coût total de 159 millions d’euros pour les mois de mars, avril et mai. Les infirmiers libéraux, quant à eux, espèrent un revirement de la situation afin de pouvoir continuer à exercer leur métier sans sacrifier la qualité des soins qu’ils offrent.