Alain Bauer analyse les violences du 17 octobre : quatre types de manifestants en cause

Trois jours aprĂšs les violences survenues lors de la mobilisation du 17 octobre, la question de l’incapacitĂ© de la police Ă  gĂ©rer la situation reste centrale. Le Premier ministre, SĂ©bastien Lecornu, a Ă©voquĂ© des « factieux » ayant tentĂ© de s’en prendre aux institutions de la RĂ©publique. « Lorsqu’on est rĂ©publicain, quel que soit son sentiment par rapport au prĂ©sident de la RĂ©publique, on ne tolĂšre pas que des groupuscules factieux puissent marcher sur Matignon ou l’ÉlysĂ©e », a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale, tout en dĂ©nonçant le rĂŽle de « l’ultragauche ». Un homme fichĂ© S, prĂ©sumĂ© membre de cette mouvance, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© aprĂšs l’incendie de la mairie de Limoges.

EN BREF

  • Les violences du 17 octobre impliquent quatre types de populations.
  • Le gouvernement accuse des groupuscules d’extrĂȘme gauche d’avoir orchestrĂ© les Ă©vĂ©nements.
  • Alain Bauer souligne que la colĂšre actuelle est dĂ©connectĂ©e d’un Ă©vĂ©nement prĂ©cis.

Le terme « ultragauche » demeure flou, comme l’indique le criminologue Alain Bauer lors de son intervention sur RMC Story. Ce dernier dĂ©crit cette Ă©tiquette comme un « mot valise » qui englobe plusieurs groupes de l’extrĂȘme-gauche, souvent opposĂ©s Ă  l’idĂ©e mĂȘme d’élections, estimant que ces derniĂšres ne servent Ă  rien.

Contrairement aux mouvements prĂ©cĂ©dents comme celui des gilets jaunes, qui Ă©taient motivĂ©s par des revendications spĂ©cifiques liĂ©es Ă  la vie chĂšre, ou les Ă©meutes de l’étĂ© dernier, qui avaient suivi la mort de Nahel, la colĂšre des manifestants du 17 octobre semble rĂ©sulter d’un malaise plus profond et diffus. Ce jour-lĂ , entre 500 000 et 800 000 personnes ont dĂ©filĂ©, mais selon Alain Bauer, la manifestation Ă©tait constituĂ©e de populations aux motivations variĂ©es.

Quatre populations distinctes

Alain Bauer dĂ©crit la manifestation comme un rassemblement de quatre groupes distincts : les manifestants pacifiques, des casseurs aux motivations politiques, des pilleurs opportunistes et enfin, des jeunes en marge du systĂšme scolaire. Il explique que les « casseurs » avaient pour but de s’en prendre aux institutions et aux symboles du capitalisme, tandis que les « pilleurs » ont profitĂ© d’une police dĂ©bordĂ©e pour s’introduire dans des commerces et des lieux publics. La quatriĂšme catĂ©gorie, selon Bauer, comprend des individus dĂ©sƓuvrĂ©s, souvent issus de milieux dĂ©favorisĂ©s, qui ont exprimĂ© leur colĂšre en s’en prenant Ă  des Ă©tablissements scolaires et Ă  des enseignants.

Cette fragmentation des manifestants pose la question de l’homogĂ©nĂ©itĂ© des revendications et des mĂ©thodes d’action. « Ces quatre populations ne forment pas un ensemble homogĂšne », souligne-t-il. « La rage est convergente, mais les objectifs et les modes opĂ©ratoires diffĂšrent grandement. » En effet, les premiĂšres comparutions des personnes interpellĂ©es ont rĂ©vĂ©lĂ© une diversitĂ© de profils, renforçant l’idĂ©e d’un mouvement hĂ©tĂ©rogĂšne.

Une réponse gouvernementale face à la violence

Face Ă  cette situation chaotique, la question de la mise en place de l’Ă©tat d’urgence a Ă©mergĂ©. Alain Bauer estime qu’une telle mesure pourrait donner aux autoritĂ©s la capacitĂ© d’agir plus rapidement. « On aurait gagnĂ© une journĂ©e sur la rĂ©plique de l’Ă©meute », affirme-t-il, prĂ©cisant que des Ă©meutes similaires, si elles sont dĂ©clenchĂ©es par un Ă©vĂ©nement limitĂ©, durent gĂ©nĂ©ralement entre deux et trois jours. Cependant, la violence des derniers jours a dĂ©passĂ© ces attentes, avec des Ă©meutes qui ont continuĂ© jusqu’au dimanche suivant.

Le climat d’insĂ©curitĂ© et d’angoisse est palpable. « L’État a eu trĂšs peur », confie Alain Bauer, en rappelant que c’est la premiĂšre fois que la France fait face Ă  des Ă©meutes d’une telle ampleur depuis la gĂ©nĂ©ration Nahel. L’exĂ©cutif se trouve en position dĂ©licate, confrontĂ© Ă  une situation qui dĂ©passe les attentes et les prĂ©visions.

Pour Bauer, la violence en France est devenue une rĂ©alitĂ© ancrĂ©e dans le dĂ©bat politique. « La rĂ©alitĂ©, c’est que la France vit dans la violence et que les changements politiques se font par la violence parce qu’on n’a jamais rĂ©ussi Ă  faire autrement », conclut-il. Alors qu’un nouveau week-end de manifestations est prĂ©vu pour le 24 octobre, la tension monte et l’avenir s’annonce incertain.