En mai 1962, la petite ville minière de Centralia, en Pennsylvanie, engageait cinq pompiers volontaires pour nettoyer une décharge municipale. Cette décharge, située dans une ancienne mine à ciel ouvert, allait devenir le théâtre d’une catastrophe environnementale sans précédent. En allumant un feu pour incinérer les ordures, les pompiers ignoraient qu’ils scellaient le destin de leur ville, dont le sous-sol allait brûler pendant des décennies.
EN BREF
- Centralia, une ville minière, brûle sous terre depuis 1962.
- En 2020, il ne reste que cinq habitants sur 1 017 en 1980.
- Le feu sous la ville pourrait continuer à brûler pendant 250 ans.
La ville de Centralia, autrefois prospère avec ses 2 761 habitants en 1890, s’est bâtie sur l’anthracite, un charbon de qualité. Au fil des années, l’exploitation minière intensive a laissé derrière elle un réseau complexe de galeries abandonnées. Un événement tragique s’est produit le 27 mai 1962 : alors que les pompiers allumaient un feu, celui-ci s’est propagé à travers les galeries souterraines, déclenchant un incendie qui ne sera jamais maîtrisé.
Ce n’est qu’en 1979 que les autorités prennent conscience de l’ampleur du danger. Le maire de l’époque, John Coddington, découvre que le carburant de sa station-service est à une température alarmante de 77,8 °C. Cependant, la situation atteint un tournant critique le 14 février 1981, lorsqu’un jeune garçon, Todd Domboski, tombe dans un trou béant créé par le feu souterrain. Cet incident attire l’attention des médias et des autorités, incitant le gouverneur de Pennsylvanie, Dick Thornburgh, à se rendre sur place.
En réponse à la crise, le Congrès américain débloque des fonds pour reloger les habitants. En 1983, plus de 1 000 personnes acceptent de quitter Centralia, et la population continue de chuter au fil des ans. En 1990, il ne reste que 63 résidents. Les autorités déclarent finalement la ville condamnée en 1992, et le code postal de Centralia est supprimé en 2002.
Malgré les efforts des autorités, une poignée d’irréductibles refuse de quitter leur terre. En 2013, un accord est signé avec les derniers habitants, leur permettant de vivre dans leurs maisons jusqu’à leur mort, après quoi celles-ci reviendront à l’État. Aujourd’hui, Centralia ne compte plus que cinq habitants, ce qui en fait la commune la moins peuplée de Pennsylvanie.
Le feu continue de brûler sous la ville, affectant environ 160 hectares et alimenté par des veines de charbon encore intactes. Les experts estiment que cet incendie pourrait se poursuivre pendant encore 250 ans. De nombreux signes témoignent de cette situation : des évents métalliques, de la vapeur et des panneaux avertissant des dangers liés au monoxyde de carbone parsèment le paysage. La route 61, autrefois fréquentée, a été abandonnée et rebaptisée « Graffiti Highway », attirant des visiteurs curieux.
Bien que la plupart des bâtiments aient été démolis, la ville abrite encore une église ukrainienne catholique, qui célèbre des messes chaque dimanche. Cette église a été construite sur de la roche solide, échappant ainsi aux dangers du feu souterrain.
Les anciens habitants de Centralia expriment des doutes sur les véritables motivations derrière l’expropriation, soupçonnant que le gouvernement souhaitait accéder aux droits miniers sur le charbon encore intact. Des histoires similaires se racontent ailleurs dans le monde, comme celle d’une femme à Canton, en Chine, qui a refusé de vendre sa maison, forçant la construction d’un pont autour de celle-ci. À Osaka, une tour de bureaux a dû intégrer une autoroute dans ses étages.
Centralia, autrefois florissante, est aujourd’hui un symbole des conséquences imprévues d’une négligence environnementale. Le feu qui brûle sous la ville rappelle l’histoire tragique d’une communauté et soulève des questions sur notre rapport à l’environnement et à la gestion des ressources naturelles.