De la boîte de conserve au courrier indésirable : l’origine du terme « spam »

Chaque jour, notre boîte mail est inondée de messages qualifiés de « spam ». Ce terme, que l’on utilise sans y penser, a des racines qui remontent bien au-delà du numérique. Il est en réalité issu d’une marque de conserve de jambon, d’un concours et d’une bande d’humoristes britanniques qui ont contribué à le populariser.

EN BREF

  • Le terme « spam » vient d’une marque de jambon en conserve lancée en 1937.
  • Un sketch des Monty Python a popularisé le mot dans les années 1970.
  • Hormel Foods, la société derrière Spam, a tenté de protéger sa marque face à l’utilisation numérique.

Pour comprendre l’origine de ce mot, plongeons dans l’histoire. En 1937, l’entreprise Hormel Foods introduit sur le marché une viande en boîte, composée de porc épicé, qui nécessitait un nom accrocheur. George Hormel, le fondateur, décide d’organiser un concours pour dénicher le meilleur nom, offrant une récompense de 100 dollars, une somme considérable à l’époque.

Le gagnant, Kenneth Daigneau, a proposé le terme « Spam », une contraction de « spiced ham ». Ce choix, favorisé par des liens familiaux avec les dirigeants de l’entreprise, a immédiatement attiré l’attention et a permis un lancement en fanfare du produit.

Le succès de Spam ne s’est pas fait attendre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de 100 millions de livres de ce jambon en conserve ont été expédiées à l’étranger pour nourrir les troupes alliées. Sa facilité de transport et sa longue conservation en ont fait un produit prisé dans des contextes où la cuisine était difficile. Après la guerre, Hormel a continué à promouvoir la marque de manière originale, notamment en mettant en avant les « Hormel Girls », une troupe de jeunes femmes qui sillonnaient les États-Unis pour faire connaître le produit.

En 1959, la marque a franchi le cap du milliardième exemplaire vendu, et en 1970, elle atteignait les deux milliards. Mais c’est cette même année qu’un événement inattendu allait modifier le sens du mot « spam » pour toujours. Les Monty Python, dans leur série humoristique « Monty Python’s Flying Circus », ont diffusé un sketch mémorable où une cliente se rend dans un café où tous les plats contiennent du Spam. Le mot est répété à l’infini, jusqu’à devenir absurde.

Cette scène, devenue culte, a inspiré des utilisateurs d’Internet à utiliser le terme « spam » pour désigner des messages répétitifs et indésirables sur des forums en ligne, puis dans les courriers électroniques. Ce glissement sémantique, initié par des fans des Monty Python, a permis au mot de s’imposer dans le langage numérique, symbolisant la surcharge d’informations.

Hormel Foods, bien que surpris par cette évolution, a tenté de défendre sa marque. En 1997, l’entreprise a adressé une mise en demeure à Sanford Wallace, un entrepreneur qui exploitait un service d’envoi de courriers électroniques massifs, exigeant qu’il cesse d’utiliser le terme. D’autres actions en justice ont suivi, sans succès. Finalement, Hormel a choisi de protéger l’écriture « SPAM » pour son produit tout en laissant « spam » en minuscules pour désigner le courrier indésirable.

En 2006, un clin d’œil à l’humour des Monty Python a eu lieu lorsque Hormel a sponsorisé la comédie musicale « Spamalot ». Cette collaboration a permis à la marque de renouer avec son héritage humoristique et de célébrer l’impact culturel de son produit, même si celui-ci était désormais associé à quelque chose de moins glorieux.

En 2007, Hormel a vendu sa sept milliardième boîte de Spam, témoignant de la solidité de sa marque malgré l’évolution de son image. Aujourd’hui, en supprimant un mail indésirable, vous pouvez vous rappeler que derrière ce mot se cachent à la fois une boîte de conserve et un sketch humoristique qui a traversé les décennies. Une anecdote qui pourrait bien faire sourire lors de votre prochaine vérification de boîte de réception.