La crise énergétique mondiale impacte de manière inattendue les modes de vie en Inde. Depuis le blocage du détroit d’Ormuz, qui assure le transit de 60 % des besoins indiens en gaz naturel liquéfié (GNL), de nombreux habitants se tournent vers des solutions alternatives pour leur cuisson quotidienne. Dans le district de Bulandshahr, dans l’Uttar Pradesh, des villageois utilisent la bouse de vache comme combustible, mettant en avant une pratique traditionnelle qui se modernise.
EN BREF
- La pénurie de gaz en Inde pousse les villageois à cuisiner avec de la bouse de vache.
- Le biogaz issu de la bouse est une alternative viable, encouragée par le gouvernement.
- Des milliers de méthaniseurs ont été subventionnés pour soutenir la production de biogaz.
Gauri Devi, une agricultrice de 25 ans, illustre parfaitement cette tendance. Dans sa cuisine située à Nekpur, elle utilise un réchaud alimenté par du biogaz produit à partir de bouses de vache, un animal sacré dans la culture hindoue. « On peut tout préparer avec », affirme-t-elle, en mentionnant la polyvalence de cette ressource, qui lui permet de préparer du thé, des légumes et des lentilles.
Avec une consommation annuelle de plus de 30 millions de tonnes de GNL, dont plus de la moitié est importée, l’Inde fait face à des retards d’approvisionnement. Le gouvernement, bien que déclarant qu’il n’y a pas de pénurie, observe une montée d’achats de panique et de marché noir. Ainsi, obtenir une bonbonne de gaz peut devenir un véritable parcours du combattant pour les habitants.
Dans le cadre de la production de biogaz, Gauri Devi mélange des seaux de bouses avec de l’eau, qu’elle verse ensuite dans un réservoir souterrain. Ce système transforme les déchets organiques en méthane, lui permettant de réduire sa dépendance aux bonbonnes de gaz, sauf en cas de besoin exceptionnel.
Pramod Singh, un agriculteur de la région, confirme l’essor du biogaz. En 2025, il a installé une unité de biogaz qui lui permet de nourrir sa famille de six personnes grâce à 30 à 45 kilos de bouses de vache par jour. « Le fumier est vraiment excellent », dit-il, soulignant l’importance de cette ressource dans un contexte où le marché mondial des engrais est perturbé par des conflits au Moyen-Orient.
Le rôle de l’agriculture est crucial en Inde, où plus de 45 % de la population active y est employée. Le pays, avec ses 1,4 milliard d’habitants et l’un des plus grands cheptels bovins au monde, devient un acteur clé dans la promotion du biogaz. Le gouvernement indien a promis d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2070, et des investissements massifs sont en cours pour construire des usines de méthanisation à grande échelle.
Pourtant, les petites unités de biogaz, souvent subventionnées par l’État et coûteuses entre 25 000 et 30 000 roupies (225 à 270 euros), continuent d’émerger dans les zones rurales. Le fermier Pritam Singh souligne que « la boue, c’est de l’or noir », une affirmation qui résonne particulièrement dans un pays où la bouse de vache est vénérée et utilisée à diverses fins, y compris lors de rituels sacrés.
A. R. Shukla, président de l’Association indienne du biogaz, précise que ces unités nécessitent une installation et un entretien réguliers, ce qui représente un défi pour de nombreux agriculteurs. « Nous travaillons toute la journée sur les terres des autres, nous n’avons pas de terrain pour ça », confie Ramesh Kumar Singh, un journalier qui attend avec impatience une bonbonne dans le village voisin de Madalpur.
Les témoignages de villageois comme Mahendri, âgée de 77 ans, qui attend désespérément depuis trois jours une bonbonne de gaz, illustrent la dure réalité de cette crise. « Je suis debout sous une chaleur accablante, affamée et assoiffée », déplore-t-elle, mettant en lumière les défis quotidiens auxquels font face de nombreuses familles indiennes.
À travers cette crise, l’Inde redécouvre des pratiques anciennes tout en innovant pour répondre aux besoins contemporains. Le défi sera de rendre le biogaz accessible à tous, tout en préservant la culture et les traditions qui font la richesse du pays.