Interrogatoire houleux de Rachida Dati au procès pour corruption

Une tension palpable s’est installée au tribunal ce jeudi 24 septembre lors de l’interrogatoire de Rachida Dati, ancienne ministre de la Culture, dans le cadre de son procès pour corruption. Accusée d’avoir illégalement exercé du lobbying en faveur du groupe Renault-Nissan au Parlement européen entre 2009 et 2013, Mme Dati a été confrontée à des questions incisives des avocats des parties civiles.

EN BREF

  • Rachida Dati a été questionnée sur des accusations de lobbying illégal pour Renault-Nissan.
  • Les échanges au tribunal ont rapidement dégénéré, révélant des tensions entre les parties.
  • Le procès se poursuivra avec les plaidoiries des parties civiles et de la défense lundi.

Au quatrième jour de son interrogatoire, qui devait initialement durer une seule journée, Rachida Dati a affronté un véritable feu d’artifice verbal. Les avocats de Renault, Philippe Goossens et Kami Haeri, ont ouvert les hostilités. Les questions ont rapidement pris une tournure accusatoire, ce qui a amené l’ex-ministre à réagir avec agacement. « C’est marrant, il n’y a que vous qui êtes compétent et le reste du monde ne sait rien », a-t-elle déclaré en réponse à des interrogations sur ses compétences juridiques, qui lui ont valu une rémunération de 300 000 euros par an de la part de Renault-Nissan.

La présidente du tribunal, Claire Saas, a tenté de maintenir un climat de sérénité, mais ses efforts se sont heurtés à l’irritation croissante de Rachida Dati. Après un bref moment de suspension pour calmer les esprits, les tensions ont rapidement refait surface. Lors d’un échange sur les sanctions onusiennes contre l’Iran, la prévenue a reproché à l’avocat de Renault son « ton doucereux », qu’elle a interprété comme un « règlement de compte ».

Les moments les plus marquants de l’interrogatoire ont été marqués par des accusations personnelles. Rachida Dati a accusé l’avocat de Renault d’avoir proféré des « tweets sexistes » à son encontre entre 2010 et 2013, affirmant qu’elle avait dû intervenir pour que cela cesse. Cette évocation personnelle a ajouté une dimension émotionnelle à un débat déjà tendu.

Les questions de l’avocate de Transparency International France, Me Clémence Witt, ont également suscité la colère de l’ex-ministre. Celle-ci a réagi avec virulence lorsque des articles de presse anciens ont été cités, remettant en question son parcours professionnel. « Madame, je n’ai pas eu votre vie. À 14 ans, j’ai commencé à travailler. Ensuite, il y a eu beaucoup de moments extrêmement violents. Je n’ai pas de lecture sociologique de mon parcours, fichez-moi la paix ! », a-t-elle lancé, illustrant ainsi son agacement face à une enquête qui semble porter sur sa crédibilité personnelle autant que sur les accusations dont elle fait l’objet.

Les échanges ont pris un tour particulièrement houleux, avec Rachida Dati se défendant d’avoir répondu à des questions qu’elle jugeait déjà traitées. Avec une attitude de défi, elle a qualifié certains propos de « totalement béotiens » et de « jugements de valeur », fermant ainsi les portes à toute discussion constructive.

Le procès, qui a déjà révélé des tensions considérables, doit se poursuivre avec les plaidoiries des parties civiles, suivies du réquisitoire et des interventions de la défense attendus lundi prochain. Les accusations du parquet national financier sont lourdes : Rachida Dati aurait noué un pacte de corruption et exercé illégalement du lobbying au Parlement européen pour le compte de Renault-Nissan durant son mandat de députée, entre octobre 2009 et février 2013.

Malgré la gravité des accusations, Rachida Dati persiste à affirmer qu’elle n’a effectué que des activités d’avocate, conformes aux lois en vigueur et à son mandat électoral. La tension ne semble pas près de retomber, et le dénouement de cette affaire s’annonce aussi conflictuel que les débats qui se tiennent actuellement au tribunal.