Les défaillances du logiciel Cassiopée au cœur de l’affaire Lyhanna

La tragique affaire Lyhanna, qui a révélé des failles dans le système judiciaire français, soulève des interrogations sur l’efficacité des outils utilisés par les magistrats. Au centre des critiques, le logiciel Cassiopée, conçu pour centraliser les informations relatives aux affaires judiciaires, est pointé du doigt pour ses dysfonctionnements.

EN BREF

  • Le logiciel Cassiopée est critiqué pour son inefficacité dans le traitement des données judiciaires.
  • Le principal suspect de l’affaire Lyhanna avait des antécédents judiciaires non pris en compte.
  • Des travaux de mise à niveau de Cassiopée sont en cours pour améliorer ses performances.

Dans le cadre de l’affaire Lyhanna, où une collégienne a été retrouvée morte, le profil du principal suspect, Jérôme B., aurait dû alerter les autorités. En effet, cet individu avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes pour des actes graves, notamment des agressions sexuelles sur mineures. La question qui se pose est : comment un tel profil a-t-il pu passer inaperçu au sein d’un système censé assurer la sécurité des citoyens ?

Le logiciel Cassiopée, qui signifie « chaîne applicative supportant le système d’information orienté procédure pénale et enfants », est censé offrir une vision globale des dossiers judiciaires. Chaque plainte déposée est enregistrée, permettant aux magistrats d’accéder à l’historique des affaires. Cependant, bien que ce système soit en place, il semble que des données critiques n’aient pas été prises en compte dans le cas de Jérôme B.

Les antécédents de celui-ci incluent des plaintes classées sans suite et des signalements pour des comportements inappropriés avec des mineures. En théorie, toutes ces informations devraient apparaître dans le logiciel, qui conserve les données pendant au moins dix ans, voire trente ans dans certains cas. Pourtant, des questions persistent concernant la capacité de Cassiopée à relier ces informations et à alerter les services judiciaires.

Sasha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice, a défendu le logiciel en affirmant que « toute procédure judiciaire, quelle que soit son issue, apparaît dans le logiciel métier Cassiopée ». Malgré ces assurances, la réalité semble indiquer que des défaillances techniques existent. David Taupiac, député du Gers, a évoqué en avril 2025 les « défaillances récurrentes » de Cassiopée, aggravant la saturation des services judiciaires.

Le ministère de la Justice a reconnu ces problèmes et a annoncé des travaux pour mettre à niveau Cassiopée, en affirmant que des « évolutions substantielles » ont été réalisées en 2024. Cependant, la Cour des comptes a également souligné des insuffisances dans le logiciel, pointant un coût qui a presque quadruplé depuis le début des années 2000. Ce constat met en lumière la complexité du projet, qui doit répondre aux besoins d’un grand nombre d’utilisateurs.

Interrogé par BFMTV, David Sénat, magistrat, a ajouté que le logiciel est « parfois bloqué et en maintenance régulière », ce qui complique encore la gestion des affaires judiciaires. De son côté, le Syndicat de la magistrature a exprimé son mécontentement. Manon Lefebvre, secrétaire nationale, a décrit Cassiopée comme « un logiciel qui date, pas du tout intuitif, pas pratique », confirmant que des problèmes techniques sont fréquents.

Dans un contexte où la sécurité des mineurs est en jeu, il est impératif que les outils judiciaires soient à la hauteur des enjeux. La remise en question de Cassiopée soulève des réflexions essentielles sur la manière dont la justice française traite et utilise les données, et sur les réformes nécessaires pour éviter que de telles tragédies ne se reproduisent à l’avenir.