Les Nés sous X militent pour la légalisation des tests ADN en France

Dans le cadre des « États généraux de la bioéthique », qui s’achèvent ce jeudi 30 avril, un comité citoyen a pris position en faveur de la légalisation des tests ADN. Ces tests permettraient aux personnes nées sous X de découvrir leurs origines, une démarche qui est actuellement illégale en France, contrairement à de nombreux pays européens.

EN BREF

  • Un comité citoyen soutient la légalisation des tests ADN pour connaître ses origines.
  • Plus de 100.000 Français contournent déjà la loi en utilisant des entreprises étrangères.
  • Les enjeux de protection des données demeurent une préoccupation majeure.

Chaque année, plus de 100.000 Français contournent l’interdiction en se tournant vers des sociétés basées à l’étranger, telles que MyHeritage ou Ancestry. Ces entreprises, qui n’ont pas répondu aux sollicitations de la presse, proposent des tests ADN accessibles en ligne. Pour environ 50 euros, un kit de prélèvement est envoyé à domicile, permettant d’analyser la salive et d’obtenir des résultats par voie électronique quelques semaines plus tard. Cette pratique, bien que risquée, répond à un besoin croissant de connaissance de soi et de ses origines.

Christine Debril, née sous X, illustre cette quête de généalogie : « C’est une demi-sœur, nous avons le même géniteur. Le mois prochain, je vais en Bretagne, là où elle habite. On n’a pas créé un lien de sœurs, mais on a besoin de connaître notre histoire, c’est pour ça que nous faisons ces recherches. » Pour des personnes comme Christine, ces tests ADN ne sont pas seulement une curiosité, mais un moyen fondamental de comprendre leur identité.

Les membres du collectif des « Nés sous X » se soutiennent dans leurs recherches, envoyant parfois leurs échantillons via la Belgique afin de contourner la législation française. Cette méthode, bien que populaire, comporte des risques juridiques, avec une amende potentielle de 3.750 euros.

Des solutions alternatives existent, théoriquement, via des organismes publics qui pourraient aider à retrouver des parents biologiques. Cependant, leur efficacité est souvent remise en question. Audrey Kermalvezen, fondatrice de l’association Origines, témoigne des difficultés rencontrées : « Ces organismes publics ne permettent pas de retrouver ses origines parce qu’il y a des problèmes d’archivage des dossiers. J’ai fait un test ADN, j’ai enfin un nom et je me sens enfin comme les autres. » Elle plaide pour une légalisation afin de mieux encadrer les entreprises et garantir un accès sécurisé aux tests ADN.

La protection des données est un des principaux arguments justifiant l’interdiction actuelle des tests ADN en France. En effet, certaines sociétés américaines sont accusées de revendre des données génétiques à des entreprises pharmaceutiques, soulevant des questions éthiques et de confidentialité. Paul Verdu, anthropologue et généticien au CNRS, met en garde : « Ces entreprises constituent des bases de données qui peuvent servir à plein d’autres choses. » Les implications de l’utilisation de ces données soulèvent des craintes légitimes quant à la sécurité des informations personnelles.

Une proposition de loi, portée par des députés de la majorité, sera prochainement examinée à l’Assemblée nationale. Le médecin urgentiste et chroniqueur Aurélien Guedj souligne l’importance de ce débat : « Je pense que c’est une très bonne chose qu’on s’y intéresse. Que l’on veuille ou non, les gens le feront. » Il insiste sur la nécessité de disposer de bases de données pour la recherche, soulignant que le fait que des entreprises privées contrôlent ces informations pose un problème éthique majeur.

Ces discussions témoignent d’une évolution des mentalités et d’une prise de conscience croissante de l’importance des origines pour de nombreuses personnes. La légalisation des tests ADN pourrait non seulement répondre à un besoin personnel, mais aussi permettre un encadrement des pratiques actuelles, souvent floues et risquées.