Dans un contexte où les violences sexuelles touchent chaque année 160 000 enfants en France, la parole des jeunes victimes est essentielle. La plateforme Noted, lancée récemment, vise à recueillir les témoignages des 13-25 ans sur ce sujet délicat. Eve Simonet, créatrice de cette initiative, a déjà observé un intérêt marqué avec plus d’une centaine de témoignages récoltés en quelques jours.
EN BREF
- La plateforme Noted recueille les témoignages de jeunes sur les violences.
- Plus d’une centaine de récits ont été enregistrés en moins d’une semaine.
- Eve Simonet souligne l’importance de l’écoute des adultes face aux victimes.
Eve Simonet, réalisatrice et activiste, explique : « On a déjà pas mal de jeunes qui sont venus porter leur parole sur nos sites. » Les récits recueillis ne se limitent pas uniquement aux violences sexuelles, mais englobent également des violences psychologiques, du harcèlement et des violences intrafamiliales. Ce large éventail de témoignages met en lumière l’ampleur et la diversité des problématiques rencontrées par la jeunesse.
Cette initiative fait suite à la création de la plateforme « Classer sans suite », qui avait déjà permis de recueillir près de 8 000 témoignages en trois mois. Cependant, Eve Simonet a constaté que la majorité des témoignages provenaient de personnes âgées de 30 à 60 ans, alors que les violences avaient souvent été subies dans l’enfance. Cette observation a révélé un besoin d’un espace adapté pour les jeunes, d’où la conception de Noted.
La plateforme Noted a été pensée pour faciliter le dépôt de témoignages. Un questionnaire permet de préciser si les violences concernent la famille, l’école, soi-même ou un proche, tout en laissant la possibilité de ne pas raconter son histoire. Cette approche vise à encourager les jeunes à s’exprimer sans la pression de devoir partager des détails intimes.
Pour Eve Simonet, l’enjeu ne réside pas seulement dans la capacité des jeunes à parler, mais plutôt dans la réaction des adultes face à leurs paroles. Elle affirme : « Les jeunes parlent. Le problème, c’est que les adultes autour de cet enfant ne recueillent pas la parole. » Elle souligne que les adultes peuvent parfois minimiser les faits ou ne pas croire les enfants, ce qui complique la situation pour les victimes.
Noted ne se positionne pas comme un service d’aide aux victimes, mais comme un outil de signalement et de recensement. Les témoignages recueillis sont entièrement anonymes, garantissant ainsi la confidentialité des jeunes utilisateurs. En cas de récits alarmants, l’association ne peut pas identifier les victimes, mais elle redirige les personnes vers des associations compétentes pour leur offrir le soutien nécessaire.
Dans l’optique de renforcer son action, Eve Simonet souhaite établir des partenariats avec les pouvoirs publics. Elle a déjà rencontré Barbara Gomes, adjointe à la mairie de Paris, pour discuter des possibilités de collaboration et de dialogue entre les institutions et la plateforme. Eve Simonet conclut : « Nous, on ne demande que ça, honnêtement. »
La création de Noted représente un pas important vers une meilleure écoute des jeunes victimes de violences. Cette plateforme pourrait devenir un outil précieux pour recueillir des témoignages et, à terme, contribuer à une prise de conscience collective sur la nécessité de protéger et d’écouter les plus vulnérables.