Quand la dépression touche les adolescents : le parcours de pères face à la maladie

La santé mentale des adolescents est devenue un sujet de préoccupation majeur, surtout dans un contexte où les cas de dépression semblent se multiplier. Des pères partagent leur expérience, témoignant des défis qu’ils ont rencontrés pour soutenir leurs filles en proie à cette maladie. À l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale, ces histoires mettent en lumière la nécessité d’une meilleure sensibilisation et accompagnement face à la dépression précoce.

EN BREF

  • Des pères témoignent de leur difficulté à reconnaître la dépression chez leurs filles.
  • Une application innovante, « Lyynk », aide les jeunes à gérer leur santé mentale.
  • Une étude révèle une dégradation de la santé mentale des collégiens, particulièrement chez les filles.

Vincent, l’un des pères interrogés, se souvient avec amertume : « Je m’en veux, je pensais la soigner mais absolument pas. C’est comme si elle avait une grippe et que je soignais une appendicite. » Sa fille a commencé à souffrir de dépression dès son entrée en classe préparatoire, une période marquée par des signes avant-coureurs qu’il n’a pas su identifier. Alors qu’elle était victime de harcèlement scolaire au collège, Vincent pensait que la situation s’améliorait, mais l’arrivée au lycée a révélé une véritable détresse. « Les notes ont commencé à chuter, et elle a réussi à aller en prépa, mais cela a été une catastrophe, » raconte-t-il, visiblement ému par ses souvenirs.

Ce n’est qu’après une consultation chez un psychologue que le diagnostic est tombé : une dépression sévère. « Elle n’avait pas d’envie suicidaire, heureusement », précise-t-il avec soulagement. Ce témoignage poignant vise à alerter les parents : « Je veux faire comprendre que la dépression est une maladie réelle, et il est crucial de la prendre au sérieux dès les premiers signes. » Charles-Edouard Notredame, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, abonde dans ce sens. Il souligne que la culpabilité des parents face à la détresse de leurs enfants est courante, mais que cette situation est souvent multifactorielle.

Mathieu Persan a également dû affronter la dépression de sa fille, qui avait 15 ans lorsque la maladie s’est déclarée. « On est une famille tout ce qu’il y a de plus normal », dit-il, rappelant que la dépression peut toucher n’importe qui, sans raison apparente. Sa fille, en bonne santé apparente, se sentait pourtant coupable de sa souffrance. « Pourquoi je me sens mal alors que j’ai tout ce qu’il faut ? », se demandait-elle, ce qui a ajouté à son poids psychologique. Mathieu a décidé de partager son expérience à travers une bande dessinée intitulée « Le passage », publiée en mars 2026. Il déplore le manque de moyens pour une prise en charge rapide et efficace des jeunes en détresse.

Guirchaume Abitbol, quant à lui, a créé avec sa fille Miel une application appelée « Lyynk », destinée à soutenir les jeunes dans leur santé mentale. Miel, devenue influenceuse, utilise cette plateforme pour partager son parcours de santé mentale, marqué par des épisodes de harcèlement scolaire et des troubles alimentaires. « J’ai vécu des années très compliquées », confie-t-elle. Son père a été un soutien indéfectible, toujours présent pour l’aider à traverser ces épreuves. « S’il n’avait pas été là, je ne sais pas comment j’aurais fait », reconnaît-elle.

Les données recueillies par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Paris-Cité mettent en avant une détérioration de la santé mentale des collégiens entre 2024 et 2026, avec une vulnérabilité accentuée chez les filles, particulièrement au lycée. La pression scolaire apparaît comme un facteur déterminant dans cette dynamique, les jeunes étant souvent plus affectés par leur performance académique que par leurs relations interpersonnelles.

Ces témoignages et études soulignent un besoin urgent d’une meilleure compréhension et d’un accompagnement renforcé des adolescents en détresse. Le combat contre la dépression est collectif et nécessite l’implication de tous, des parents aux institutions éducatives et médicales.