En France, le sujet des salaires reste souvent un tabou, comparable à celui des finances personnelles lors d’un repas familial. Cependant, cette situation pourrait évoluer grâce à une directive européenne adoptée en 2023, qui impose une transparence salariale au sein de l’Union européenne. En effet, à partir du 7 juin 2026, cette directive devrait entrer en vigueur, mais la France n’a pas encore pris les mesures nécessaires pour l’intégrer dans son cadre législatif.
EN BREF
- La directive européenne sur la transparence salariale doit entrer en vigueur le 7 juin 2026.
- La France n’a pas commencé à transcrire ce texte dans son droit.
- Les entreprises devront communiquer des informations salariales précises et justifier les écarts de rémunération.
Les disparités salariales persistent en France, avec un écart de 21,8 % entre les salaires des femmes et ceux des hommes en 2024. Même à poste équivalent, l’écart demeure de 3,8 %. Ces chiffres stagnent malgré l’existence d’un index de l’égalité professionnelle instauré en 2018, qui n’a pas réussi à corriger les inégalités persistantes.
La directive adoptée le 10 mai 2023 vise à renforcer la transparence salariale en Europe. Elle ne se limite pas à une simple évaluation des inégalités, mais impose des exigences claires à toutes les étapes du processus de rémunération, depuis le recrutement jusqu’à la progression salariale. Cet index actuel sera remplacé par un cadre plus strict.
Les nouvelles obligations pour les entreprises
Un des changements majeurs réside dans l’obligation pour les offres d’emploi de mentionner le salaire ou, au minimum, une fourchette salariale. Cette transparence permettra aux candidats de savoir à quoi s’attendre avant leur entretien. De plus, il sera interdit de demander aux postulants leur salaire précédent, afin d’éviter la reproduction d’inégalités passées, une pratique encore courante dans 60 % des entreprises françaises.
En interne, les employeurs devront désormais fournir des informations sur les critères de rémunération et leur évolution. Chaque salarié aura le droit de demander les rémunérations moyennes, classées par sexe, des postes équivalents. Bien que cela ne signifie pas que chaque employé pourra consulter le salaire de ses collègues, cela représente un changement majeur par rapport à la situation actuelle, où 66 % des entreprises ne divulguent aucune grille salariale interne.
Les enjeux et les résistances
Les entreprises ayant plus de 100 salariés devront publier un rapport tous les trois ans, tandis que celles de plus de 250 salariés devront fournir un rapport annuel sur les salaires par genre et les critères de fixation. En cas de non-respect des obligations, des amendes proportionnelles à la masse salariale seront appliquées, y compris pour les entreprises qui diffusent des offres d’emploi.
Malgré l’échéance imminente, la France n’a pas encore intégré cette directive dans son agenda parlementaire. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a dénoncé un manque d’action sur ce dossier, tandis que Marylise Léon, numéro un de la CFDT, a évoqué un calendrier connu de longue date et un manque de volonté politique.
Du côté des employeurs, l’inquiétude grandit. Près de 62 % des managers craignent des tensions au sein de leurs équipes face à ces nouvelles obligations. Seule une entreprise sur quatre a commencé à anticiper ces changements. Le ministre du Travail a reconnu des divergences entre les syndicats et le patronat, chacun ayant des préoccupations différentes concernant les sanctions et la charge administrative.
Les syndicats estiment que les sanctions prévues sont insuffisantes, tandis que le patronat redoute la surcharge administrative pour les ressources humaines. La sociologue Elise Penalva-Icher met en garde contre des critères flous qui pourraient justifier des inégalités sans résoudre le problème.
La transparence salariale est en marche en Europe, mais la France semble prendre du retard. Cela pose la question cruciale que chaque salarié pourrait poser à son employeur : « Sur quels critères exactement est fixé mon salaire ? » La réponse devra être apportée, et cela pourrait bien changer la dynamique des relations salariales dans le pays.