Le conflit entre le street-art et la politique locale prend une tournure judiciaire à Besançon, dans le département du Doubs. Un graffeur de 38 ans, connu sous le pseudo de Nacle, a déposé plainte mardi contre le maire de la ville, Ludovic Fagaut, membre des Républicains. Cette action fait suite à l’effacement de l’une de ses œuvres, intitulée « Non au permis de tuer », réalisée sur un mur dédié à l’art urbain après des manifestations contre la présomption de légitime défense des forces de l’ordre.
EN BREF
- Un graffeur porte plainte contre le maire de Besançon pour effacement d’une fresque.
- L’œuvre effacée était un message contre la violence policière, peinte sur un mur d’expression libre.
- Le maire défend son action en invoquant les limites de la liberté d’expression artistique.
La fresque en question, qui interrogeait sur les violences policières, a été effacée par l’édile à la fin septembre. Ludovic Fagaut a annoncé sa décision en se « dissociant clairement » du message « la police tue », et a condamné ce type de graffiti, même sur un mur d’expression libre. Il a précisé que si la liberté d’expression mérite protection, elle doit se conformer à certaines limites.
En réponse à cette action, Nacle a réalisé une seconde fresque dénonçant la censure, avec un message provocateur : « Où est Charlie ? » Cette réaction souligne le rôle provocateur et dérangeant de l’art dans la société, en interrogeant le « fondement juridique » de l’effacement de son œuvre.
Le dossier a désormais été transmis à la justice. Nacle accuse le maire de « destruction ou dégradation d’un bien appartenant à autrui » ainsi que d’« entrave concertée à l’exercice de la liberté de création artistique ». Son avocat, Me Pierre Brunisso, souligne qu’un élu ne peut pas censurer un artiste et affirme que « la liberté d’expression ne se négocie pas ». Il dénonce également une tentative d’intimidation, indiquant que Nacle a été convoqué pour « outrages » après un signalement du ministère de l’Intérieur.
Cette affaire n’est pas un cas isolé pour Nacle. En janvier dernier, la municipalité écologiste précédente avait déjà recouvert une de ses œuvres, portant sur le conflit israélo-palestinien, en évoquant une « politique antitags ». Cependant, la différence réside dans le fait que la fresque actuelle se trouvait sur un mur désigné pour l’expression artistique, ce qui soulève des questions sur les droits des artistes dans l’espace public.
Ce conflit entre l’art urbain et les décisions politiques pose une interrogation cruciale : jusqu’où un élu peut-il aller dans la régulation de l’expression artistique ? Alors que la liberté d’expression est un pilier des démocraties, la définition des limites de cette liberté reste un sujet sensible et complexe.