Ce dimanche 26 juillet marque le dixième anniversaire de l’assassinat du père Jacques Hamel, tué dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, par deux terroristes se revendiquant de Daech. À cette occasion, une messe d’hommage a été célébrée, réunissant de nombreuses personnes autour du souvenir de ce tragique événement. Ce drame a profondément marqué la communauté locale et au-delà.
EN BREF
- Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel a été assassiné par deux terroristes.
- Roseline Hamel et Nassera Kermiche, liées par un même drame, ont développé une amitié forte.
- Des témoignages sont recueillis pour préserver la mémoire de cet acte tragique.
Le 26 juillet 2016, deux jeunes hommes de 19 ans avaient pénétré dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, ôtant la vie au père Jacques Hamel et blessant grièvement une autre personne. Les assaillants, qui agissaient au nom de l’État islamique, furent abattus par la police peu après l’attaque. Ce jour-là, l’horreur s’est installée dans ce lieu de culte, laissant des cicatrices indélébiles.
Lors de la messe d’hommage, Roseline Hamel, la sœur du prêtre, âgée de 86 ans, a été présente aux côtés de Nassera Kermiche, 63 ans, mère de l’un des assaillants. Leur relation, née de la tragédie, témoigne d’un cheminement vers le pardon et la compréhension. Les deux femmes ont partagé leurs histoires de douleur dans un ouvrage intitulé Sœurs de douleur, publié aux éditions XO. Une œuvre qui illustre leur quête commune de réconciliation.
Roseline Hamel s’est exprimée sur la difficulté de revenir sur les lieux du drame : « C’est dur de revenir sur les lieux. Je regrette cette journée. J’ai même honte de cet acte qui a eu lieu. Mon fils a été manipulé ». De son côté, Nassera Kermiche a souligné la radicalisation de son fils, Adel Kermiche, qui avait tenté de rejoindre la Syrie avant de commettre cet acte atroce. « Une fois entré en prison, il a été radicalisé », a-t-elle expliqué.
Dans l’église, les souvenirs sont palpables. Les portraits du père Jacques Hamel ornent les murs, et des traces de coups de couteau sont encore visibles sur l’autel. Les deux femmes, unies dans leur souffrance, semblent avoir trouvé un espace de répit ensemble, se soutenant mutuellement dans leur douleur. « Nous sommes comme deux sœurs de douleur », ont-elles déclaré, illustrant la force de leur amitié née de la tragédie.
Cette rencontre a également permis à Roseline et Nassera de partager des moments de convivialité. « On aime aussi partager un repas. J’ai découvert un bon couscous autrement que quand je le fais », a plaisanté Roseline. Cette complicité, teintée d’humour, témoigne de leur capacité à avancer malgré les épreuves.
Les deux femmes sont convaincues que leur histoire peut servir de message. « C’est peut-être une mission qu’on nous a envoyée pour dire aux gens : parlez-vous », a affirmé Nassera. Roseline a ajouté : « C’est très utile pour empêcher la haine de prendre racine ». Leur démarche de partage et de dialogue est un exemple fort de résilience face à la violence.
Le souvenir du père Jacques Hamel reste vif pour ceux qui l’ont connu. Sœur Danièle, 81 ans, a assisté à cette dernière messe et évoque toujours la douleur de ce jour tragique : « J’étais là, mais je ne peux pas me remettre là parce que je vois toujours Jacques tomber ». Sa voix résonne avec la mémoire des événements, et son témoignage rappelle l’importance de se souvenir pour ne pas oublier.
Pour honorer la mémoire des victimes, la mairie de Saint-Étienne-du-Rouvray a entrepris de recueillir des témoignages. Une douzaine d’entretiens filmés, diffusés sur internet, permettent de garder vivantes les mémoires de ceux qui ont été touchés par cette tragédie. Ces récits, retranscrits dans un livret, constituent un précieux témoignage de résilience et d’espoir.
En ce jour de commémoration, les liens d’amitié et de solidarité tissés entre Roseline et Nassera offrent un éclairage sur la manière dont la souffrance peut engendrer des ponts entre les personnes, même celles dont les histoires sont marquées par la violence. Leur engagement commun est un appel à la paix, à la compréhension, et à la nécessité de ne pas laisser la haine prendre racine.