Dans une interview accordée à franceinfo, Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté de 2020 à 2026, dresse un constat préoccupant sur la situation des prisons en France. Alors qu’elle achève son mandat, elle alerte sur la surpopulation carcérale croissante et les conditions de détention indignes qui en découlent.
EN BREF
- La population carcérale a augmenté de plus de 30 000 détenus en six ans.
- Des conditions de détention jugées indignes par Dominique Simonnot.
- Appel à des peines alternatives plutôt qu’à la construction de nouvelles prisons.
Lors de son passage sur franceinfo le 15 octobre 2026, Dominique Simonnot a souligné que la France semblait avoir une « passion d’enfermer ». Pendant son mandat, le nombre de détenus a grimpé de 70 000 à plus de 90 000, principalement à cause de l’allongement des peines et d’une politique sécuritaire accrue. Elle déplore que les conditions de vie dans les prisons se soient détériorées, et que les efforts pour remédier à cette situation n’aient pas été au rendez-vous.
Parmi ses expériences mémorables, elle se souvient d’un détenu de 70 ans contraint de partager une cellule avec deux autres personnes dans des conditions d’hygiène déplorables. Les témoignages qu’elle rapporte, évoquant la présence de rats, de cafards et de punaises de lit, mettent en lumière des réalités alarmantes au sein des établissements pénitentiaires.
La situation des surveillants pénitentiaires est également préoccupante, avec un déficit de 5 000 agents et des risques psychosociaux accrus. « Construire davantage de places de prison ne résoudra pas le problème », estime-t-elle, plaidant pour une utilisation plus fréquente de peines alternatives, telles que le bracelet électronique ou le travail d’intérêt général.
Dominique Simonnot n’est pas opposée à la prison, mais elle cite l’exemple de l’Allemagne, qui aurait réussi à réduire sa surpopulation carcérale en privilégiant d’autres formes de sanctions. Elle met également en avant l’impact des conditions de détention sur la réinsertion des détenus, mentionnant les 24 meurtres commis en prison entre 2022 et 2026.
Bien que le budget de l’administration pénitentiaire ait augmenté de 30 % en cinq ans, Dominique Simonnot estime que la majorité des fonds ont été affectés à la sécurité, au lieu d’améliorer les conditions de vie des détenus. Si quelques avancées ont été notées dans l’hygiène et l’alimentation, le manque de volonté politique demeure un obstacle majeur à une véritable réforme.
À l’issue de son mandat, elle exprime l’espoir que son successeur, Pierre Coppey, poursuivra cette lutte essentielle. Bien qu’elle reconnaisse son expérience au sein de l’association Aurore, elle reste sceptique quant aux intentions des dirigeants politiques. Elle appelle à un regain de courage politique, prenant exemple sur François Mitterrand, qui avait fait le choix de l’abolition de la peine de mort malgré l’opposition populaire.
Dominique Simonnot conclut en soulignant l’importance d’un véritable engagement politique pour aborder ces problématiques, espérant que des changements concrets seront envisagés dans un avenir proche.