Dans un monde où l’administration peut parfois sembler déconnectée de la réalité, l’histoire de Lal Bihari, un agriculteur de l’Uttar Pradesh, est un exemple frappant des absurdités bureaucratiques. En 1976, alors qu’il se présente à sa banque pour demander un prêt afin de développer son exploitation agricole, il découvre avec stupeur qu’il est considéré comme mort selon les registres officiels. Cette situation absurde va déclencher une série de péripéties qui dureront près de deux décennies.
EN BREF
- Lal Bihari est déclaré mort en 1976 en raison d’une fraude familiale.
- Il lutte pendant 18 ans pour prouver sa vie et récupérer ses terres.
- En 2003, il reçoit le prix Ig Nobel pour ses efforts et inspire un film.
Originaire d’Azamgarh, dans le nord de l’Inde, Lal Bihari possède un modeste lopin de terre hérité de son père. Pour obtenir un crédit bancaire, il doit fournir un justificatif de propriété. Mais lorsqu’il se présente au bureau du cadastre, le fonctionnaire l’informe que, selon les documents, il est décédé depuis le 30 juillet 1976. Ses terres, quant à elles, ont été transférées à sa famille, à la suite d’une manœuvre frauduleuse orchestrée par un de ses proches.
Cette situation n’est pas rare dans l’Uttar Pradesh, où de nombreuses personnes sont déclarées mortes par des membres de leur famille pour s’approprier leurs biens. Confronté à l’impossibilité de prouver son existence, Lal Bihari entreprend une série de stratégies audacieuses. Il commence par ajouter le terme « Mritak », signifiant « défunt » en hindi, à son nom. Il signe ses lettres « feu Lal Bihari » et se présente à des élections pour apparaître dans des documents officiels.
Sa détermination l’amène à déposer des demandes de pension de veuve pour sa propre épouse, en jouant sur le fait que l’administration le considère comme décédé. Dans une manœuvre encore plus audacieuse, il enlève temporairement un jeune cousin pour se faire arrêter, pensant qu’un mort ne peut être poursuivi. Malgré toutes ces initiatives, les années passent sans qu’il parvienne à faire changer son statut.
Ce n’est qu’en 1994, après 18 ans de lutte acharnée, qu’un nouveau responsable de district examine son dossier et confirme qu’il est bien vivant. Cette décision, officialisée le 30 juin, marque la fin d’une odyssée administrative qui a captivé l’attention bien au-delà de son district. Lal Bihari, désormais rétabli dans ses droits, surprend tout le monde en laissant finalement la terre à l’oncle qui l’avait déclaré mort, un acte qui témoigne de sa grande générosité.
En 2003, il est honoré du prix Ig Nobel de la paix, une récompense humoristique qui célèbre des recherches et actions qui font rire et réfléchir. Le jury souligne ses nombreuses « activités posthumes », une allusion à son combat pour la reconnaissance de ceux qui, comme lui, sont « morts » administrativement.
Son histoire a également inspiré le film indien « Kaagaz » (« Papier »), sorti en 2021, dans lequel l’acteur Pankaj Tripathi incarne sa lutte. La même année, Lal Bihari a annoncé son intention de se remarier avec sa femme pour attirer l’attention sur d’autres victimes de ce phénomène. Chaque année, il organise une fête de « re-naissance », célébrant ainsi sa victoire tout en mettant en lumière les injustices persistantes.
Les chiffres sont préoccupants : selon un avocat spécialisé, au moins une centaine de personnes dans le seul district d’Azamgarh auraient été déclarées mortes à tort. Le combat de Lal Bihari est loin d’être terminé, car cette pratique continue d’affecter de nombreuses vies. Son histoire, à la fois tragique et inspirante, nous rappelle le pouvoir des individus face aux absurdités d’une bureaucratie parfois indifférente.
En somme, le parcours de Lal Bihari est un exemple de résilience face à des injustices administratives. Il démontre que la détermination et la volonté de vivre peuvent triompher des obstacles les plus inattendus.