Dans la nuit du 21 avril, un Boeing 737 Max 8 a atterri à l’aéroport de Zurich à 4 h 12, en dépit de l’interdiction stricte de vol en vigueur entre 23 h et 6 h. Ce vol, en provenance de Bratislava, a soulevé des interrogations quant à sa légitimité, notamment parce que les webcams de l’aéroport avaient été désactivées durant son escale. Le lendemain, les autorités ont révélé qu’il s’agissait d’un vol spécial destiné à expulser des demandeurs d’asile déboutés vers le Burundi.
EN BREF
- Un Boeing a atterri à Zurich à 4 h 12, malgré un couvre-feu nocturne.
- Les webcams de l’aéroport étaient désactivées durant l’escale, suscitant des doutes.
- Ce vol était un renvoi de demandeurs d’asile déboutés vers le Burundi.
L’aéroport de Zurich applique l’un des couvre-feux les plus stricts d’Europe, interdisant tout vol entre 23 h et 6 h, sauf en cas de retards exceptionnels. Dans ce contexte, l’atterrissage de ce Boeing à une heure aussi tardive a immédiatement attiré l’attention des médias et des observateurs aériens. Le vol TVS470P, identifié comme un vol de positionnement, a soulevé des questions sur sa raison d’être. Pourquoi un avion se posait-il à Zurich à une heure interdite ? Le mystère s’épaississait.
Les webcams de l’aéroport, habituellement accessibles au public, ont été coupées pendant toute la durée de l’escale, rendant impossible toute observation des activités sur le tarmac. Une mesure rarissime, qui a alimenté les spéculations sur la nature secrète de cette opération. De plus, l’emplacement de l’appareil sur le tarmac, à proximité d’un centre de détention administrative, a renforcé les soupçons. Les observateurs aériens ont rapidement fait le lien entre ces éléments et la possibilité d’un transfert de personnes.
Le lendemain matin, le conseiller d’État zurichois Mario Fehr a confirmé que ce vol était un « vol spécial à destination du Burundi pour renvoyer des demandeurs d’asile déboutés ». En Suisse, un demandeur d’asile est considéré comme débouté lorsqu’il n’a pas pu prouver qu’un retour dans son pays d’origine représenterait un danger suffisant pour justifier une protection. Lorsque toutes les voies de recours sont épuisées, les autorités peuvent organiser des expulsions.
Ces vols spéciaux, bien que légaux, sont souvent critiqués par les ONG pour les conditions dans lesquelles ils se déroulent. Le fait que cette opération ait eu lieu en pleine nuit, avec des webcams désactivées, a exacerbé la controverse. Mario Fehr, connu pour ses positions fermes en matière migratoire, a minimisé les préoccupations soulevées par cette affaire.
Ce vol soulève des questions sur l’itinéraire et les motivations sous-jacentes. L’appareil étant arrivé à vide de Bratislava, il semble avoir été affrété pour cette opération spécifique. Après avoir embarqué les personnes expulsées, le Boeing a fait une escale à Hurghada, en Égypte, pour le ravitaillement, avant de poursuivre vers Bujumbura, capitale du Burundi. Cette escale technique est nécessaire, car la distance entre Zurich et Bujumbura dépasse les capacités d’un 737 Max 8 en charge complète.
Bien que des expulsions de ce type soient courantes en Suisse, elles se déroulent généralement sans attirer l’attention des médias. Ce qui rend l’incident zurichois exceptionnel, c’est la combinaison de facteurs : un atterrissage nocturne, des webcams désactivées et un vol identifié. À l’ère du suivi aérien en temps réel, organiser une opération discrète sur un aéroport international soulève des défis. Les autorités zurichoises n’ont pas fourni d’informations sur le nombre de personnes à bord ni sur les conditions de leur transfert.
La situation au Burundi, un pays marqué par une instabilité politique chronique et classé parmi les plus pauvres du monde, complique davantage le tableau. Les organisations humanitaires soulignent souvent les difficultés auxquelles les retours forcés exposent les individus. Ce vol spécial souligne les tensions entre la politique migratoire de la Suisse et les préoccupations relatives aux droits humains. Le débat sur la transparence des expulsions par voie aérienne est relancé, alors que des questions légitimes demeurent sans réponse.