Les défis des Corses contraints de quitter l’île pour des soins médicaux

Vivre en Corse, île de beauté prisée, ne signifie pas toujours un accès facile aux soins médicaux. Chaque année, entre 10 000 et 30 000 habitants de cette région sont contraints de se déplacer vers le continent pour recevoir des traitements. En effet, l’île ne dispose d’aucun Centre hospitalier universitaire (CHU), ce qui limite l’accès à des spécialistes et à des équipements nécessaires pour traiter diverses pathologies.

EN BREF

  • Entre 10 000 et 30 000 Corses se rendent chaque année sur le continent pour se soigner.
  • Une salle d’attente à l’aéroport de Marseille a été créée pour les patients en transit.
  • Le Sénat a voté en faveur de la création d’un CHU en Corse d’ici 2031.

Les patientes et patients corses doivent souvent se rendre à Nice, Marseille ou Paris pour obtenir les soins nécessaires. Afin de faciliter ces déplacements, une salle attend les malades à l’aéroport de Marseille. Cette espace, baptisé Aria Serena, a été inauguré en 2017 par la compagnie Air Corsica en partenariat avec des associations de patients.

Jean-Dominique Grousseau-Bellini, chef d’escale chez Air Corsica, souligne l’importance de cet espace : « On a un espace de détente, un espace de repos, avec un canapé, des fauteuils confortables, et même une télévision. Cela permet aux passagers de tisser des liens, car ils savent qu’ils partagent une expérience similaire. » Marie-France, une patiente souffrant d’un cancer du pancréas, affirme que cet espace est un véritable havre de paix : « Heureusement qu’il y a cette salle. C’est calme, on peut se reposer. »

Le parcours de santé ne s’arrête pas là. Océane, 19 ans, doit jongler entre ses études à Corte et ses rendez-vous médicaux à Marseille. Sa mère, Céline, en parle avec une pointe de fatigue : « C’est une organisation de fou. En Corse, c’est compliqué. C’est dommage qu’il n’y ait pas ce qu’il faut pour se soigner. » Les coûts supplémentaires de ces voyages pèsent également sur les familles, car l’assurance maladie ne couvre souvent pas les frais de transport des accompagnateurs, sauf pour les mineurs.

Pour pallier ces difficultés, l’association Inseme, qui signifie « ensemble » en corse, a été créée pour venir en aide aux patients. Sa fondatrice, Laetitia Cucchi, souligne que la mobilisation de la société civile est essentielle face à cette problématique d’accès aux soins : « Ce n’est pas normal que des citoyens doivent se mobiliser pour faire face à une situation connue depuis des décennies. » L’association aide aussi financièrement les patients, en leur fournissant des logements en continent, mais la demande dépasse largement l’offre.

Le risque de renoncer aux soins est bien réel pour certains malades. En réponse à cette situation, le Sénat a récemment voté pour la construction d’un CHU en Corse d’ici 2031. Paul-André Colombani, député LIOT de Corse du Sud et porteur du texte, exprime ses craintes quant à la lenteur de la mise en œuvre : « Il va falloir plus de temps. Cela pourrait servir de levier pour l’engagement de l’État dans la création de filières universitaires. »

En effet, l’absence d’un CHU en Corse a des conséquences sur la formation des futurs médecins, qui doivent quitter l’île à partir de leur quatrième année d’études. La création d’un CHU est perçue comme une nécessité vitale pour garantir un accès équitable aux soins pour tous les Corses.

Alors que la lutte pour une meilleure accessibilité aux soins se poursuit, les Corses espèrent que les promesses politiques se traduiront enfin par des actions concrètes dans un avenir proche.