Une nouvelle start-up américaine a récemment fait parler d’elle en proposant un service de ménage gratuit. Imaginez qu’une femme de ménage se présente chez vous pour effectuer des tâches telles que l’aspiration, le repassage et le rangement, sans que vous n’ayez à débourser un centime. Cependant, cette offre alléchante cache une réalité préoccupante : la femme de ménage filme l’intégralité de son intervention grâce à une caméra fixée sur son front.
EN BREF
- Une start-up propose un service de ménage gratuit contre des données filmées.
- Les vidéos récoltées servent à entraîner des robots humanoïdes pour diverses tâches.
- Le service, actuellement disponible à New York, pourrait s’étendre à d’autres secteurs.
Le but de cette initiative n’est pas de créer du contenu pour les réseaux sociaux, mais de recueillir un maximum de données pour former des robots. Ces derniers, appelés à devenir des majordomes, nécessitent des milliers d’heures de vidéos de personnes réalisant des tâches variées pour apprendre à les reproduire avec précision.
Ces données sont considérées comme très précieuses, car il existe une demande croissante dans le secteur de la robotique. La start-up prévoit de vendre ces enregistrements à d’autres entreprises œuvrant dans le développement de l’intelligence artificielle. Ainsi, si le ménage est gratuit, vous devenez, d’une certaine manière, le produit, ou du moins, les images que vous générez chez vous.
Pour le moment, ce service est limité à New York, mais la start-up envisage d’élargir son offre à d’autres domaines, tels que les réparations domestiques ou la livraison de courses. Dans ce cadre, un plombier ou un livreur serait également équipé d’une caméra, filmant chaque action réalisée, tout en vous offrant un service sans frais.
Cette démarche soulève des questions éthiques et de confidentialité. D’un côté, elle permet aux utilisateurs d’économiser des sommes considérables sur des services qu’ils paieraient habituellement. De l’autre, elle pose la question de l’utilisation des images de votre intérieur. Comment ces données sont-elles traitées ? Sont-elles anonymisées ? Quel est leur devenir ? Rappelons que des précédents existent, comme ce fabricant d’aspirateurs qui filmait l’intérieur des maisons pour améliorer son IA, entraînant des abus de la part de certains employés qui partageaient ces images sur les réseaux sociaux.
En réalité, le choix appartient aux consommateurs : ils peuvent opter pour un service non filmé, en payant le prix normal, ou accepter la captation vidéo pour obtenir un tarif réduit. Une autre start-up, Human Archive, a déjà équipé 1 000 travailleurs de casquettes caméras dans des secteurs comme la restauration ou l’hôtellerie, permettant aux clients de choisir entre ces deux options.
Depuis deux décennies, les géants de la technologie exploitent nos clics pour mieux nous comprendre et nous cibler avec des publicités. Aujourd’hui, ce sont nos gestes et nos habitudes qui deviennent des matières premières pour l’intelligence artificielle. Après avoir puisé des données sur le web, l’IA commence à récolter celles du monde réel.
Une autre interrogation se pose quant aux employés équipés de ces caméras : ont-ils réellement le choix ? En effet, ces enregistrements contribuent, à terme, à former des robots qui pourraient les remplacer dans leurs fonctions.
Enfin, la start-up Kled AI propose un modèle où ce sont les particuliers qui filment, enregistrent et vendent leurs propres données. Ces plateformes rémunèrent leurs utilisateurs pour des missions, comme filmer leur trajet quotidien au travail, permettant de générer des revenus supplémentaires sans trop d’efforts.
Ce phénomène s’inscrit également dans les enjeux des lunettes connectées, telles que les Meta Rayban. En filmant notre environnement, nous participons à la collecte de données sur les interactions humaines, les gestes quotidiens, et bien d’autres aspects qui alimentent l’intelligence artificielle, une ressource déjà jugée précieuse dans la course à l’IA.