Soupçons de fraude au concours d’internat : étudiants en médecine en proie à l’injustice

Les étudiants en médecine font face à un climat d’inquiétude et d’injustice suite à des allégations de triche concernant le concours d’internat. Ces soupçons, apparus dans une lettre anonyme, remettent en question l’intégrité des épreuves orales, et provoquent un émoi au sein de cette communauté académique.

EN BREF

  • Des soupçons de triche au concours d’internat perturbent les étudiants en médecine.
  • Une enquête est lancée par les ministres concernés pour évaluer la situation.
  • Les étudiants craignent pour l’intégrité de leurs résultats et l’impact sur leur avenir professionnel.

Thibault, un étudiant parisien de 25 ans, aurait pu choisir la spécialité de ses rêves s’il n’avait pas terminé environ 3000e sur près de 11.000 au concours d’internat 2026. Malheureusement, il a dû se contenter de l’hématologie dans une région qui ne correspondait pas à ses aspirations. Cette année, les épreuves orales (ECOS) ont eu lieu plusieurs mois après les épreuves écrites (EDN), et le classement final détermine les spécialités accessibles aux étudiants, certaines étant exclusivement réservées à ceux qui se classent parmi les meilleurs.

Les allégations de fraude, qui ont émergé au début de l’été, proviennent d’une lettre anonyme circulant sur les réseaux sociaux. L’auteur prétendait que des sujets et grilles de correction avaient été divulgués avant l’examen, ce qui aurait constitué un avantage déloyal pour certains candidats. Lundi soir, l’instance organisatrice a démenti ces accusations après avoir mené des investigations internes.

Damien Roux, un représentant de l’instance organisatrice, a déclaré à BFM que les documents concernés avaient été récupérés après les épreuves. Il a affirmé qu’aucun comportement anormal n’avait été observé durant les ECOS 2026 et a qualifié les accusations de « Trumpisme », soulignant l’absence de preuves tangibles à l’appui de ces allégations.

Malgré le démenti officiel, les étudiants demeurent sceptiques. Thibault exprime son indignation : « Si c’est vrai, c’est vraiment dégoûtant. S’il y a eu ne serait-ce que 150 tricheurs, cela a pu impacter notre classement final ». De son côté, Erwann, 24 ans, reconnait que le flou entourant l’évaluation des épreuves contribue à un sentiment d’injustice. « On ne sait pas comment sont notées les choses. Cela crée une méfiance sur l’équité de l’examen », ajoute-t-il.

Il souligne également que des bruits de fuite de sujets circulent depuis des années, alimentant la suspicion parmi les étudiants. « On se doute qu’il peut y avoir des fuites à cause du format des ECOS. Mais je ne pensais pas qu’il était possible d’avoir accès à tous les sujets », déclare-t-il.

Pourtant, même Thibault admet avoir profité de rumeurs sur les sujets potentiels, ce qui renforce son sentiment d’inadéquation face à une telle situation. « Il faut que ça cesse, que des mesures soient prises », insiste-t-il. Dans ce contexte troublé, les ministres de la Santé et de l’Éducation supérieure, Stéphanie Rist et Philippe Baptiste, ont annoncé le lancement d’une « mission d’inspection flash conjointe ». Cette mission, qui sera conduite par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), devra rendre ses conclusions d’ici le 15 octobre.

Les ministres ont précisé qu’aucun élément ne permettait pour l’heure d’établir l’existence d’une fraude massive. « Les résultats des épreuves pour la rentrée 2026-2027 ne sont pas remis en cause », ont-ils souligné.

Erwann s’inquiète des effets de ces soupçons sur la réputation de sa future profession. « C’est un coup de massue pour notre crédibilité », déplore-t-il. Il craint également l’impact que cela peut avoir sur les étudiants qui s’apprêtent à passer leurs examens dans un mois, ajoutant à la pression psychologique déjà présente dans ce cursus exigeant.

Antoine, un autre étudiant de 25 ans, ressent également une grande anxiété à l’approche de son concours. « Je vise l’ophtalmologie, et je réalise que malgré mes efforts, je pourrais être devancé par ceux qui ont accès à des informations privilégiées. C’est désespérant », confie-t-il.

Les étudiants en médecine attendent donc avec impatience les résultats de l’enquête, espérant que les mesures prises permettront de restaurer la confiance dans le système d’évaluation de leur profession.